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Quand la folie devient ordinaire

Terreur, contrôle, harcèlement, règne de la paranoïa

Quelle est cette folie qui se propage ? Quel est donc ce vent d’aliénation qui souffle sur la planète et rend fou ? La folie devient ordinaire quand elle est destiné au “peuple”, à ceux qui œuvrent dans les “communs”, loin des hauteurs de certains privilégiés. La folie ordinaire s’inscrit ainsi dans les contraintes incessantes et imposées qui régissent et soumettent le “bien commun” : à savoir le vivant (dont l’être humain), ses lois naturelles et tout ce qui permet de faire œuvre de civilisation.

Le règne de la paranoïa

Quel est son climat ? La terreur.
Quelle est son arme ? Le contrôle.
Quel est son “chef-d’œuvre” ? Le harcèlement.

Cette folie qui sévit actuellement est connue sous le nom de “folie raisonnante”. Elle appartient à ce que la psychopathologie qualifie de psychose, qui implique un déni de réalité et se nomme paranoïa. La paranoïa, qui signifie étymologiquement “esprit à l’envers”, inverse l’ordre du monde pour soumettre autrui à un délire interprétatif, à la projection et au contrôle.

La folie raisonnante, ou délire paranoïaque, est un piège car difficile à reconnaître : son discours présente l’apparence de la raison, de la logique ou du discours argumenté. En réalité, il s’agit d’un faux raisonnement fondé sur des sophismes, destiné à tromper ou faire illusion, s’octroyant une légitimité de parole qui sort de nulle part. Avec le discours paranoïaque, il n’y a jamais débat ou confrontation d’arguments selon un raisonnement étayé. Tout est sujet à polémique, fait pour pulvériser les esprits contradictoires, au prix de mensonges et de falsifications. 

Pour échapper à la mort, à la perte ou à l’insoutenable culpabilité, le paranoïaque utilise le délire pour projeter sur l’autre la haine ou la cruauté. Toute relation est envisagée selon une vision guerrière, soumise à des menaces constantes : le but est guerrier, le langage est guerrier, le mot guerre sans cesse martelé. L’autre n’étant qu’un support projectif qui sert d’expulsion, il s’agit de le tuer, de le neutraliser, à travers une manipulation érotisée des institutions et de ce qui fait loi.

Pathologie du pouvoir abusif & contraignant

La paranoïa est un système clos qui prêche et prétend agir pour le bien d’autrui, alors qu’elle empêche quiconque de se défendre et sidère psychiquement. “C’est pour ton bien” martèle-t-elle, tandis qu’elle vit très mal ce qui est vivant (la nature, l’animalité, la pulsion de vie…) car la vie renvoie à ce qui est mort en soi.

L’art de la paranoïa est celui de l’emprise, qui consiste à capturer, par le biais de la manipulation, l’énergie psychique pour la vider de sa substance vitale (en mobilisant par la terreur et la menace guerrière, par exemple). Le harcèlement généralisé devient le “chef-d’œuvre” de la logique paranoïaque car le harcelé finit par s’auto-contrôler, s’auto-censurer et mourrir de l’intérieur. 

C’est ainsi que l’être humain se retrouve vidé du bien le plus précieux, son énergie. Celle-ci est dévoyée, détournée, utilisée à des fins inutiles.

Le contrôle s’effectue par le regard qui envahit tout l’espace (techniques d’observation totale et de surveillance de masse : caméras, drones, puce électronique sous-cutanée, nanoparticules, argent numérique, 5G et satellites, etc.). L’intime nié et violé empêche la construction de l’imaginaire et de la pensée propre. L’individu n’a plus d’espace pour échapper au regard : la pression est intériorisée, permanente, aliénante.

Pour le paranoïaque, le monde est clivé, divisé entre “bons” et “méchants”, les désignés “méchants” étant des résistants à la soumission et appelés à servir de boucs émissaires. C’est sur le clivage que vont s’inscrire deux mécanismes essentiels à l’œuvre dans le collectif soumis à la paranoïa : la projection et l’interprétation. On est loin de la réalité objective, vérifiée par des faits. À partir du clivage, la paranoïa inverse les valeurs : le sain est désigné comme fou, le fou est au pouvoir et les profils psychopathes tiennent l’ordre moral et fixent les règles du vivre ensemble. En clair, le paranoïaque inverse tout : alors qu’il persécute, il se dit victime, alors qu’il harcèle, il se dit harcelé, alors qu’il complote, il pointe du doigt les contradicteurs, les accusant de complot.

Il invente une novlangue pour laisser les mots nous sidérer et penser à notre place. L’art de la manipulation est à son apogée quand le fait politique consiste à faire croire au peuple qu’il est en démocratie alors qu’il ne l’est plus. En réalité, le pouvoir est aveugle et secret, les lois sont imposées sans concertation (au prétexte d’un état d’urgence) et la parole dominante est une propagande, dans laquelle les victimes de la terreur sont désignées comme coupables et les résistants à la soumission comme des traîtres. 

Y voir clair

Toute forme de totalitarisme, d’impérialisme guerrier et conquérant a à voir avec la paranoïa. La paranoïa se propage actuellement parce que nous sommes soumis à son système. Les politiques et les médias délivrent des messages de propagande et de terreur, nous intimant de nous soumettre à la “loi”. Or le vrai tyran, c’est le paranoïaque pour qui “La Loi, c’est moi”, selon comment il l’interprète, dans sa toute-puissance.

Le système paranoïaque qui en découle se construit avec notre consentement, aussi inconscient soit-il. Car un tyran est dépendant de ses sujets, sans quoi il n’existe pas. Seules la clarté et la prise de conscience éclairée permettent de retrouver le libre-arbre et la liberté. Toute résolution, négociation ou même révolution (car instrumentalisée) étant à écarter, il reste à prendre la mesure des options possibles pour se sortir du système paranoïaque et répondre à la question : “Comment retrouver ma souveraineté d’être humain, libre et responsable ?”.

Aldous Huxley partage quelques pistes dans son livre “Retour sur le Meilleur de Monde”. Vous pouvez également découvrir l’interprétation qu’en fait Ariane Bilheran dans sa vidéo “La solution au Meilleur des Mondes” sur sa page YouTube

J’ai découvert la page de Ariane Bilheran après avoir visionné une vidéo passionnante sur Dionysos, au moment où j’écrivais mes textes pour l’Oracle des dieux grecs. Ariane Bilheran est normalienne (Ulm), psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie, chargée de cours à l’Université, auteur, conférencière, consultante. Auteur de plus de vingt-cinq ouvrages, ses domaines d’expertise sont le harcèlement, la paranoïa, les déviances du pouvoir et la reprise de son pouvoir personnel. Vous pouvez explorer ses nombreux articles sur le harcèlement et la manipulation sur son site et sur son ancien blog.

Au moment j’écris mon article, largement inspiré de ses écrits, elle publie “Le moment paranoïaque (le déferlement totalitaire) face à la dialectique du maître et de l’esclave” sur son site.

À propos de Vanina Gallo

Créatrice de The Joyful Way, je suis une coach reconnue, une pionnière de la facilitation graphique et l’auteur de “Penser en images”. Je prends soin de l’épanouissement des personnes et contribue avec ma sensibilité artistique au développement harmonieux des organisations. Qu’il s’agisse de vous accompagner à relever des défis quotidiens et existentiels ou de faciliter les réflexions et visions d’un groupe avec la puissance de l’image, je vous aide à innover et à trouver les ressources pour créer la vie que vous désirez.

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