L’art de l’écriture manuscrite

Fonte réalisée à partir de mon écriture manuscrite par Jean-François Rey.
Ma propre fonte créée par Jean-François Rey.

Le lettrage est un aspect important dans un sketchnote ou dans tout dessin qui intègre des mots. Quand je forme à la prise de note visuelle, c’est par le lettrage que s’entreprend la reconnexion au plaisir de dessiner, car la lettre est le premier tracé que nous avons appris à maitriser. Certains en gardent un mauvais souvenir et retrouver la joie de tracer des lettres est souvent le premier pas d’une reconquête formelle.

Projet : création d’une typographie issue de mon écriture manuscrite. Sens du projet : m’inscrire dans une démarche d’auteur de roman graphique ; donner de l’ampleur à mes projets artistiques et me renouveler ; coopérer avec un artisan talentueux.

Le lettrage est un univers à lui tout seul, qui mérite d’être exploré pour façonner une calligraphie personnelle. Il permet une infinité d’expressions et participe à créer une harmonie d’ensemble. À force d’écrire à main levée, de peaufiner le tracé du lettrage pour le rendre plus lisible, plus expressif ou harmonieux – et d’y trouver parfois des moments de grâce –, j’ai pris goût à cette écriture manuscrite faite mienne. Et l’idée a germé d’avoir une fonte qui la reproduise…

En 2021, grâce au documentaire intitulé « Lettre et bande dessinée », je découvre le travail typographique de Jean-François Rey. On y voit plusieurs auteurs de bandes dessinées expliquer l’importance du lettrage dans leurs dessins et comment ils ont collaboré avec Jean-François pour concevoir une fonte numérique à partir de leur écriture manuscrite. Les interviewés font l’éloge de son approche, notamment parce qu’il a imaginé un programme qui permet d’introduire une variable pour chaque lettre, ce qui confère à la fonte un aspect naturel qu’on ne retrouve pas dans les scripts (police inspirée de l’écriture calligraphique ou manuelle) – ceci est très bien expliqué au chapitre 2 de la vidéo avec Marion Montaigne.

Cette découverte fut une révélation et c’est ainsi que j’ai commandé à Jean-François une fonte à partir de l’écriture que j’utilise pour la prise de note visuelle. La version attachée demandant plus de travail et de moyens, j’ai opté pour une première version non attachée. Jean-François m’a alors demandé de lui envoyer des planches sur lesquelles j’avais tracé à la main, en plusieurs exemplaires, toutes les lettres de l’alphabet et tous les signes typographiques nécessaires, y compris ceux des langues étrangères, ainsi qu’un texte entier composé en paragraphes, recopié trois fois lui aussi. C’est à partir de ces différentes formes qu’il a élaboré la fonte, en intégrant plusieurs dessins pour chaque lettre – ou signe – et en veillant à ce que chaque association soit harmonieuse : ce travail titanesque d’artisan, infiniment méticuleux et patient, c’est tout le talent de Jean-François. Il m’a ensuite montré des textes composés avec ma fonte et effectué de nombreuses corrections jusqu’à arriver à un résultat satisfaisant.

Quelle ne fut pas ma joie, après avoir reçu le fichier définitif et installé la fonte sur mon ordinateur, de pouvoir taper sur mon clavier et voir apparaître les mots tels que je les trace habituellement avec mon stylo. Le coté vivant et naturel de la police vient de ce que les signes qui se suivent ne sont jamais identiques. Voyez sur l’exemple en gros caractères ci-dessus : aucune lettre doublée n’est semblable, les « o », « i » et « l » varient pour restituer la quintessence du tracé manuscrit – qui est tout sauf mécanique. Cette fonte qui porte mon nom est le fruit d’années passées à répéter les mêmes gestes, à tracer les mêmes signes, ces formes qui créent du sens et communiquent une idée, une émotion, un instant de vie. Je remercie infiniment Jean-François pour avoir donné naissance à ce qui constitue une petite merveille à mes yeux.

Jean-François Rey travaille dans le domaine du lettrage pour la bande dessinée depuis 2000. Contacté par les Éditions Cornélius, il a réalisé des adaptations respectueuses de l’écriture de Robert Crumb, emblématique auteur de bande dessinée de la contre-culture américaine. Depuis, il développe de nouveaux caractères ou améliore des polices existantes pour de nombreux auteurs et éditeurs.


Publié le