Sois infidèle, ma fille ! (éloge de l’infidélité)

Éloge de l’infidélité

Ce qui ressemble à une provocation est avant tout une invitation à revoir les attaches qui vous empêchent d’avancer avec légèreté et joie dans la vie. L’infidélité est un mot qui sonne comme le glas et rappelle le son trébuchant d’une trahison ou d’une rupture. Faire l’éloge de l’infidélité est un pari coriace, car il renverse l’essence même de la fidélité, qui est de rester fidèle à la fidélité. Or vivre votre vie ne se fait pas sans des infidélités heureuses. Voici donc les grandes lignes d’une libération nécessaire pour marcher dans les pas de votre vie.

L’infidélité faite aux parents

La première fidélité à questionner est celle qui vous lie à vos parents et aux projets qu’ils ont déposés à vos pieds. Vous êtes inconsciemment fidèles aux désirs projetés sur vous : à travers le premier regard de votre mère et père, vous avez capté un programme et celui-ci s’est imprimé distinctement dans vos cellules. Ces désirs vous ont porté et permis de vous construire (les parents sont le premier miroir), mais il peuvent vous étouffer et ne pas correspondre à ce que vous avez besoin d’accomplir.

La famille est un tremplin pour vous aider à accomplir une nouvelle destinée et votre trajectoire est là pour vous permettre de mieux en comprendre les enjeux. Le projet des parents vous donne des informations sur les attachements à abandonner. Par exemple, un parent abusif vous contraint à poser des limites, à ne plus vous laisser abuser ni dominer par des personnes qui symbolisent l’autorité. Pour vous accomplir, vous avez besoin de vous libérez de vos fidélités inconscientes (ici rompre avec l’attachement à l’abus) et devenir l’être libre que vous êtes intimement, incarner le potentiel qui est en vous. Vous accomplir signifie être infidèle.

Il y a bien une dette envers les parents (ce que vous leur devez pour vous avoir donné la vie et aidé à grandir). Celle-ci ne se règle pas par la fidélité, mais par la gratitude et la reconnaissance (reconnaître votre naissance). Cette dette symbolique avec le père et affective avec la mère, vous l’honorez en leur disant merci : merci à l’un pour la semence, merci à l’autre pour vous avoir porté et merci pour le temps qu’ils vous ont donné. Remercier s’entend ici aussi dans le sens de congédier. Car vous avez une vie à vivre, la vôtre, et elle vous demande d’avancer sans vous retourner. Vous paierez votre dette de vie en accompagnant vos parents dans leur mort. La vie tourne.

“Il dépend de nous de rompre l’enchantement qui rend les choses prisonnières, de les hisser jusqu’à nous, de les empêcher de retomber pour jamais dans le néant.” Marcel Proust

Un grand amour commence par une infidélité

Le lien parental a inscrit dans vos gènes le schéma de toutes les relations à venir. L’amour comme-ci, l’amour comme ça. Comme dit précédemment, vos neurones miroir se sont figés sur le premier regard paternel, le premier toucher maternel, sidérés par ce que ce premier contact a gravé dans vos cellules. Le lien parental peut vous figer si fortement qu’il vous renvoie à un nouvel amour inaccessible : la place est déjà prise ! Dans la tête, dans le corps, bien occupée par la relation d’amour avec un des parents. Quelle place pour un autre ? L’infidélité bienvenue vous oblige alors à renoncer à ce qui vous a fait du bien ou occupe toute la place.

Éviter l’infidélité, c’est rester accroché à la canne qui vous soutenait quand vous aviez la jambe dans le plâtre, c’est ne pas vouloir vous en défaire même une fois la jambe guérie et le plâtre enlevé. L’infidélité joue ici un rôle crucial, car si vous ne prenez pas la liberté d’être infidèle à cet amour qui vous a fait grandir, il n’y a pas de futur, ni de nouvel amour possible.

L’éthique personnelle mouvante

L’infidélité est également un grand thème dans la vie de couple. Un couple est mouvant et souvent le concept de fidélité dans le couple s’élabore sur une idée communément admise et confuse. Comme un serpent qui se mord la queue, c’est une fidélité à une idée de la fidélité. Car où commence l’infidélité ? À y regarder de plus près, la fidélité est soumise à des caractéristiques variables. Seuls comptent en vérité les accords et engagements pris dans le couple. Ce sont les contrats personnels décidés entre deux personnes adultes, à partir des valeurs de chacun. Ce qui importe, c’est de déclarer vos valeurs et de vous positionner par rapport à la fidélité. Vous êtes invités à sortir de la morale pour vous aligner sur une éthique personnelle, fondée sur vos aspirations et limitations. Rien ne sert de vous justifier, vous devez avoir le courage de dire ce qui est vrai pour vous. Car les valeurs peuvent changer avec le temps et nécessitent une réactualisation. Pensez-vous devoir rester fidèle à une valeur qui n’est plus d’actualité ? La fidélité est, elle aussi, mouvante car vous évoluez et les priorités ne sont plus à la même place sur votre échelle de valeurs.

Fidélité à soi

Il est donc nécessaire de rompre les engagements pris il y a longtemps et qui ne sont plus d’actualité. Car il s’agit avant tout de rester vrai et fidèle à vous-même, à l’instant T. C’est la fidélité à vous-même qui vous permet d’avancer et de construire un couple vivant, désirant et harmonieux, sur la base des valeurs déclarées de manière ouverte. Vivant veut dire mouvant, changeant. Avec le temps et lorsqu’une crise émerge, il est nécessaire de refaire connaissance, de réactualiser les contrats ou de vous choisir à nouveau. Le couple d’avant est arrivé au bout de ce qu’il pouvait vivre et si un de partenaires refuse de s’engager sur de nouvelles bases, alors le couple n’est plus. Accepter l’impossibilité est un passage nécessaire qui permet d’ancrer la cohérence et la confiance en soi. C’est vaillamment accepter ce qui est, ici et maintenant. Ce courage est toujours payant, car seul le présent peut déclencher le futur.

Bye-bye fidélité (comment vous délester)

Si la route vous semble souvent toute tracée, c’est à vous de jouer sur la vitesse. Pour aller plus vite, délestez-vous de toutes les fidélités qui vous ralentissent. Ne pas vous appesantir, pardonner et passer à la prochaine étape.

Sortir de la répétition est possible, notamment grâce au mimétisme positif : apprenez à imiter les personnes qui vous inspirent fortement. Grâce à l’admiration qui vous saisi, vous vous tournez vers un autre miroir que celui connu. Vous êtes ainsi absorbé par une nouvelle énergie et un véritable changement se crée. Voyez comme un texte ou un film, qui vous absorbe tellement qu’il vous faut le relire ou le regarder plusieurs fois de suite, vous imprègne : il s’agit là d’un véritable processus de transformation, mu par la nécessité de vous sauver de la répétition.

Une autre voie est celle du rituel, comme celui du pardon. Prenez régulièrement conscience de ce que ce qui reste agrippé à votre cœur. Avez-vous pardonné ? Avez-vous demandé pardon ? Vous êtes-vous pardonné à vous-même d’entretenir la culpabilité ou tout sentiment qui vous lie au passé ? Comme ce fils qui refuse de nourrir une quelconque ambition alors que son père le voyait très brillant, c’est sa façon à lui de rester fidèle à sa rébellion : une manière inversée de ne pas quitter le père.

Quelle que soit votre manière d’entretenir des fidélités devenues obsolètes, pensez à vous libérer de vos chaînes intérieures, par le pardon et le mimétisme positif : vous avez devant vous une vie qui réclame toute votre attention et énergie. Chérissez-la, chérissez-vous.

“Il n’y a pas de plus grande souffrance que de ne pas être reçu pour ce que l’on a à donner.” La Kabbale

“Il n’y a pas de plus grande joie que d’être reçu pour ce que l’on a à donner.” Arouna Lipschitz

Cet article est inspiré de l’interview de Arouna Lipschitz “Du bon usage de l’infidélité” et dédié à la fille qui sommeille en vous. Car qui dit “fille”, pense “fidèle”.


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